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Sonia Chirú

La mangrove

5 Septembre 2010 , Rédigé par mirando-hacia-panama.over-blog.com Publié dans #Environnement

foto 4Je n'ai jamais appris à nager comme il faut. J'ai appris à me débrouiller dans l'eau à l'aide de bouées toutes naturelles: la mangrove de la plage de Camarón, ancien nom de Veracruz. C'était notre plage, notre lieu de vacances et de week-end chez ma grand-mère. De la maison à la plage il y avait "el palmar" et, souvent pied nus, on marchait sur les palmes au sol pour ne pas se brûler les pieds.

Camarón était un village de pêcheurs où l'abuelo Pablo arrivait avec sa chaloupe après avoir vendu sa pêche sur le "terraplén", le port de pêche dans la ville de Panama. Bon, je dis chaloupe mais je crois que, en français, on devrait dire plutôt, barque. A mon souvenir d'enfant, c'était une barque assez grande où travaillaient plusieurs pêcheurs. Trois, peut-être quatre... J'ai dû y monter une fois, peut-être deux, mais j'étais trop petite et l'expérience faisait rire les pêcheurs car la barque balançait très fort sur la plage, là où les vagues faisaient que le manège donnait vraiment le mal de mer. On m'a vite fait descendre. Je ne saurais pas dire mon âge.

Le "port" de Camarón était protégé par une ligne de mangrove à gauche, en regardant depuis la terre ferme, et les rochers à droite. Il fallait connaître le passage pour entrer dans cette espèce de canal sans s'échouer et je crois me souvenir qu'il valait mieux le faire par marée haute. Les barques des pêcheurs venaient simplement se poser sur le sable ou les plus grosses, restaient au loin pour rester à flot par marée basse.

C'est dans cette mangrove que j'ai "appris à nager": l'indien, le petit chien... et dès que je me sentais couler je m'accrochais aux branches. On disait que le requin n'entrait pas dans la mangrove. Trop serré. Je ne sais pas si mes frères et les copains touchaient le fond. Moi, jamais! Dans le fond il y avait les racines des arbres, ça grouillait, on sentait des choses molles qui n'étaient pas le sable fin de la plage. C'était la plage du Tamarindo.  C'était comme une piscine pour enfants, une grande pataugeoire. C'était un Parc Aquatique naturel.

Un jour, longtemps après que j'aie appris à faire la nage de l'indien, un édile municipal de "Camarón", devenu "Veracruz" pour prétendre à un statut plus touristique, a ordonné que l'on rase notre mangrove. La grosse marée suivante, "el aguaje", a emporté la rue et les maisons du bord de mer.

J'y pense parce que je viens de lire ceci: http://www.prensa.com/ et j'ai vu ce mois dernier, que la mangrove entre la route Panaméricaine et Veracruz est mourante, on l'aperçoit sur Google maps satellite et je l'ai vu tous les jours en passant sur la route de Veracruz: la végétation a disparu et on voit la vase du marécage qu'on n'a jamais vu auparavant. Ce sont les tonnes de gravats deversées en provenance des excavations pour l'élargissement du Canal de Panama. Playa Bonita et Playa Venado ne sont pas loin...

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